Accueil » Information » Le brouillard cérébral et le parcours de soins en oncologie : Quand la mémoire vous embrouille!

28

septembre

Le brouillard cérébral et le parcours de soins en oncologie : Quand la mémoire vous embrouille!

 

Cet article a été écrit par une auteure invitée, Dre Séverine Hervouet. Elle est psychologue de la santé, spécialisée en oncologie.

Elle est la fondatrice de la Clinique Psychologie Santé (www.psychologiesante.com) et est affiliée au Programme de Lutte au Cancer, CSSS-Alphonse-Desjardins.

*** Si le sujet vous intéresse, lisez jusqu’à la fin: une conférence sur le sujet aura lieu le 1er octobre prochain (2013)

Brouillard cérébral 2

 

 

«Docteur, depuis les traitements, je n’ai plus de mémoire!»

Dans ma pratique comme psychologue en oncologie, c’est une inquiétude souvent entendue et qui touche plusieurs personnes qui font face au cancer. Cette inquiétude est parfois nommée en catimini dans le bureau, parfois vécue seule ou encore exprimée afin d’être rassurée par l’entourage ou l’équipe soignante. Il vous est peut-être arrivé que votre réseau et même les professionnels de la santé ne sachent pas vraiment quoi vous répondre ou vous disent simplement que c’est normal et que ça va passer…. Mais en attendant, ce n’est pas normal pour vous!

Vous est-il arrivé de vivre l’une de ces situations pendant votre parcours de soins et même après?

De vous sentir comme si le cerveau était paralysé, comme dans la brume

D’égarer plus souvent vos clés, vos lunettes

D’avoir de la difficulté à retenir de la nouvelle information

De devoir relire plusieurs fois le même paragraphe pour en comprendre le contenu

D’avoir l’impression de ne pas être aussi performante au travail ou encore d’anticiper le retour au travail en raison de la mémoire qui joue des tours

De vous demander si c’est un début d’Alzheimer

D’avoir l’impression de perdre la tête

De vous demander si ça va aller en s’aggravant 

Ce sont là quelques exemples de préoccupations couramment rapportées et qui font partie du tableau du brouillard cérébral.

 

Qu’est-ce que la recherche en dit?

Le brouillard cérébral, aussi appelé brouillard cognitif, chemobrain ou chemofog, est un phénomène bien documenté dans la littérature scientifique. Plusieurs recherches ont été menées sur ce sujet depuis les années 90. Déjà, de savoir que le brouillard cérébral existe réellement, c’est rassurant! Ce n’est pas juste dans votre tête et vous êtes loin d’être seule à vivre cela! En fait, selon différentes études, c’est entre 17 et 75% des gens traités par chimiothérapie qui se plaignent de difficultés au plan de leur mémoire (Correa & Ahles, 2007).

À qui la faute? La chimiothérapie?

Grande question! Des chercheurs ont comparé la structure du cerveau de patients sous chimiothérapie à celle de patients sans chimiothérapie et ont observé, chez ceux en traitement, des changements dans certaines parties du cerveau (Simo et al., 2013) qui sont impliqués dans le fonctionnement cognitif comme la mémoire verbale, l’attention et la planification (Bender et al., 2006, Quesnel et al. 2009).

Aujourd’hui, on sait que plusieurs autres facteurs contribuent au brouillard cérébral. Certes, les traitements comme la chimiothérapie, la radiothérapie (surtout si elle est dirigée au niveau cérébral ou encore combinée à la chimiothérapie) et la greffe de moelle osseuse sont liés. Mais il y a aussi d’autres facteurs qui contribuent à ce phénomène comme la fatigue ressentie, le stress causé par l’expérience du cancer, la détresse psychologique, la médication, les carences nutritives, les changements hormonaux (par exemple avec Tamoxifène), les difficultés de sommeil et les autres problèmes de santé. 

Comment ça s’explique?

Il est encore difficile aujourd’hui pour les chercheurs d’expliquer comment la chimiothérapie agit sur le cerveau. On sait par contre que plus les doses de chimiothérapie sont élevées et plus le nombre de traitements est élevé, plus les agents chimiothérapeutiques sont susceptibles de traverser la barrière hématoencéphalique (celle qui sépare la circulation sanguine dans le cerveau du système nerveux central) et avoir un impact sur la mémoire en provoquant une réaction inflammatoire (Wigmore, 2013). De plus, une vulnérabilité génétique (Ahles et al., 2003), des changements hormonaux et des dommages à l’ADN causés par le stress oxydatif (altérations de molécules) sont d’autres mécanismes potentiels impliqués dans la relation qui existe entre les difficultés cognitives et la chimiothérapie (Ahles & Saykin, 2007). La recherche continue d’avancer dans ce domaine et une meilleure compréhension de ce phénomène permettra dans l’avenir, on le souhaite, de mieux vous informer, mais aussi de limiter les effets de la chimiothérapie sur la mémoire.

Est-ce que je vais toujours rester comme ça?

La bonne nouvelle, c’est que généralement, la mémoire tend à s’améliorer avec la fin des traitements. Mais la patience est de mise! Il faut parfois attendre plusieurs mois voire quelques années avant d’observer des améliorations. Il est possible aussi que votre cerveau doive s’habituer au fil du temps à ces changements et apprendre à compenser ces difficultés en créant de nouveaux mécanismes pour s’adapter.

Brouillard cérébral 1

Quelques conseils pour vous aider à mieux gérer le brouillard cérébral

§  Prioriser, prioriser, prioriser… tout n’a pas le même ordre d’importance!

§  Faire une chose à la fois. Éviter le multitâches

§  Se procurer un agenda détaillé ou un calendrier

§  Entraîner son cerveau: sudoku, casse-tête, lecture courte (ex. magazine)

§  Maintenir une routine régulière

§  Avoir des stratégies de gestion de stress (relaxation, visualisation, massage, yoga)

§  Dédramatiser, voir ça moins gros

§  Soulignez ses bons coups!

§  Avoir des attentes réalistes

§  Conservez des marches ou des activités physiques adaptées à votre condition

§  Évitez les siestes prolongées le jour (env. 30 min)

§  En parler à votre équipe de soins ou à des gens en qui vous avez confiance, ne restez pas seule avec cette situation!

 

 

Les vents du changement soufflent dans notre vie, parfois doucement, parfois comme une tempête tropicale. Oui, nous avons des abris – le temps de nous adapter à d’autres modes de vie, le temps de retrouver notre équilibre, le temps d’apprécier les récompenses. Nous avons le temps de reprendre notre souffle.

Melody Beattie

 

 

 

Pour de plus amples informations sur ce sujet, une conférence, organisée par la Fondation Québécoise du Cancer, sera donnée par l’auteure le mardi 1er octobre 2013. La conférence sera diffusée en visioconférence. Si vous souhaitez y participer, vous pouvez prendre contact avec le bureau de Québec, au 418-657-5334.

Vous vous retrouvez dans cet article? Vous voulez partager votre expérience, vos trucs? Nous vous invitons à laisser vos commentaires.

RÉFÉRENCES: sur demande

 

20 Responses to “Le brouillard cérébral et le parcours de soins en oncologie : Quand la mémoire vous embrouille!”

  1. Carole-Anne dit :

    Je vis cette situation. Elle a débuté pendant la période de traitements de chimio et de radiothérapie. Je m’en rendais compte dans mon travail, des erreurs d’inattention, le cerveau embrouillé qui ne voulait pas pondre une phrase fluide et élégante (je suis traductrice). À la fin des traitements, les erreurs d’inattention sont demeuré, or, le cerveau n’est plus embrouillé, tant mieux! On m’a dit ce n’est pas une conséquence de la chimio mais l’âge (ménopause provoquée) Je ne suis pas de cet avis, l’inattention a débuté avec les traitements de chimio, pas avec la cessation des menstruations. Votre article m’interpelle et me rassure à la fois. Donc, je ne rêve pas, je ne  »capote » pas non plus… l’inattention, la brouille du cerveau sont des effets reconnus par les autorités médicales. Le fait de savoir que les effets du  »chimiobrain » vont s’estomper me rassure. Ainsi la vie continue, c’est ce qui compte pour moi, finalement. Merci pour cet article.

  2. Isabelle dit :

    J’ai constamment des pertes de mémoires. Je me dit que c’est l’âge, j’ai 53 ans, et en ménopause depuis 2007. Après mon diagnostic de cancer du sein en 2011, il y a eu la chirurgie, donc anesthésie générale. Les problèmes de pertes de mémoires ont augmentés et persistent toujours. Maintenant, je sais que les traitements de chimio et de radio sont d’autres facteurs qui y ont surement contribué.

    En février 2014 cela fera 2 ans que j’ai terminé les traitements. À date je ne peux pas dire que les symptômes s’estompent.

    Merci d’avoir partager cet article.

  3. Bonjour Julie, Merci pour cet article fort intéressant. Dans mon cas, c’est une difficulté de concentration et d’attention. Surtout quand je fais la comptabilité de ma boutique, je me dois de redoubler de prudence, c’est par la suite que je constate les erreurs et non au moment où je les fais, ce qui n’était pas le cas avant l’anesthésie et la chimio. Je prends plus de notes à mon agenda pour ne rien oublier. BOnne chance à toutes les personnes aux prises avec ces problèmes.

    • BlogueRose dit :

      Merci Suzanne pour ce commentaire. Je tiens toutefois à préciser que ce n’est pas moi qui ait écrit l’article, mais bien Sévérine Hervouet, qui a une expertise dans le domaine. Ayant plusieurs commentaires et confidences de mes clientes par rapport à l’effet de la chimio sur leur concentration et attention, je l’ai approchée pour écrire un article et elle a gentiment accepté. J’étais certaine que plusieurs allaient se retrouver dans cette description. Merci d’avoir partagé ce que vous vivez à ce sujet.

  4. Manon Barrette dit :

    Enfin une réponse. C’est tellement moi. J’apporte cet article à mon médecin. Merci

  5. Sylvie Bélisle dit :

    Allo Julie j’ai adorée le sujet sur la mémoire et c’est bien vrai. A bientôt!!!

  6. louloune dit :

    bonjour,l’an passé j’ai été hospitalisé durant 9 jrs car il croyait que je fesait une aterite temporale gauche ,apres avoir passer tout les test d,usage il m’ont retourner chez moi ne sachant pas exactement ce que j’avais eu ,il m’ont donner de la prednisone en dose massive et au retour a la maison j’ai eu plusieurs trouble de memoire et autre ,ce qui m,inquietait le plus c,etais ex; j’ouvre la porte de l,armoire tout en sachant ce que j’allais chercher et oups tout d,un coup pas capable de prendre l,objet c,etais comme si mon cerveau envoyait un signal a mon bras de ne pas bouger et cela as durer durant 4 mois et puis revenu a la normale ensuite

  7. MR MA FEMME a eu un cancer de poumon avec 2 kistes au cerveau .elle a ete soigne par chimio et radiotherapie .son cancere est presque gueri d apres son oncologue et le scaner MAIS elle perdu la memoire et elle ne peut plus marcher ni debout ni assise.elle a vu plusieur neuro .actuellement elle est sous corticoide .elle prend du depakine et du nootropil.elle a meme ete hospitalise pour une flebite elle prend du sintrum et cardioaspirine.personne ne comprennait son parmis medecins traitants.je vous prie de m illuminer sur son cas . merci d avance

    • BlogueRose dit :

      Bonjour Mohamed,
      je comprends que vous soyez à la recherche de réponses. Malheureusement, je ne suis pas dans une position pour vous éclairer. La clientèle qui vient à ma boutique est touchée par le cancer du sein, donc l’histoire que vous racontez sort de mon champs de pratique. Mais aussi, et surtout, je ne suis pas médecin. Je vous souhaite bonne chance à vous et votre femme et j’espère que vous trouverez des réponses à vos questions.

  8. Euqinorev dit :

    Bonjour de Bretagne (France),
    Après un cancer du sein en 2010 et tous les traitements cités ci-dessus (mastectomie, chimio, radiothérapie, tamoxiphène, aromasine, 4 anesthésies générales…) je me suis souvent dit qu’on m’avait « piqué » des neurones ou que j’avais la maladie d’Alzheimer. Votre article correspond tout à fait aux problèmes que je rencontre : difficultés à retrouver les noms de personnes connues auparavan. Ce matin je ne retrouvais pas le prénom de Mme Sarkozy (Carla… cela m’est revenu plus tard). J’ai plusieurs fois eu du mal à retrouver le prénom de la petite amie de mon fils la semaine dernière. Je ne trouve pas ou j’écorche des mots.
    Je viens de reprendre mon travail (administratif) et ressens des difficultés de concentration assez souvent. Comme Suzanne S, je constate dans mon travail que j’ai fait des erreurs la veille. Je dois vérifier et revérifier et cela me prend beaucoup plus de temps que nécessaire.
    Je vais en parler avec plus d’insistance avec le radiothérapeute que je revois en décembre afin que les équipes médicales (auxquelles je suis reconnaissante de m’avoir sauvé la vie) avancent aussi dans ce domaine.
    Merci pour cet article qui m’indique je ne suis pas « complètement folle ». 😉

    • BlogueRose dit :

      Bonjour Euqinorev,
      je suis fière de constater que nous sommes lues en France!
      Tant mieux si l’article vous a aidée, réconfortée un peu. C’est vrai que nous parlons encore trop peu du brouillard cérébral. Voilà pourquoi je tenais à en parler sur le blogue rose. Bonne chance pour la suite!

  9. sandrine dit :

    Bonjour,

    Cela fait maintenant 5 ans(à 34 ans) que j’ai terminé les traitements de mon cancer du sein: chimio+mastectomie+rayons.

    Après cet ouragan,il fallait que je choisisse une autre voie professionnelle,car j’étais chauffeur poids-lourds en travaux publics:je ne pouvais plus exercer à cause de mon lymphœdème.

    J’ai donc passer un bac pro secrétariat,et ai trouvé un boulot dans une mutuelle santé.

    Seulement voilà,lorsque l’on m’a donnée plus de responsabilités (mails à traiter, téléphone, dossiers divers….)j’ai commencé à sentir les signes de se fameux chemofog: difficulté de concentration,perte de mémoire, difficulté d’élocution et gros moments d’absence, comme si mon esprit quittait mon corps.

    Je l’ai formulé à mon oncologue, resté perplexe.
    J’ai fini par avoir ces symptômes au volant de ma voiture.Ce qui m’a emmené aux urgences devant un psychiatre peu loquace sur ma situation.

    Aujourd’hui je suis en arrêt de travail,sous anti-dépresseurs que m’a prescrit mon médecin.

    Lundi je lui envoie votre article concernant ce syndrome, en espérant avoir une meilleure prise en charge.

    Merci à vous car c’est plutôt rassurant de savoir que l’on n’est pas seule à vivre ce genre de problème

  10. Raverdy dit :

    Mon amie vient d’être placée aux urgences après des signes inquiétants de confusion, défauts d’élocution, pertes de repères dans le temps,suite à sa deuxième séance de chimio.La première l’a laissée 3 semaines sans pouvoir se nourrir correctement et s’hydrater. Elle était sans aucune force. Les médecins parlent d’un risque d’AVC et l’oncologue nie toute implication du traitement car n’a jamais rencontré ce cas. A la suite de la lecture de ce blogue, j’ai contacté sa famille afin qu’elle puisse « aiguiller » les recherches des médecins . J’espère pouvoir être utile grâce à vous . Je vous tiendrai au courant des résultats.

    • BlogueRose dit :

      Madame Raverdy,

      d’abord, je tiens à préciser que je ne suis pas médecin. Toutefois, je tiens à vous dire que ce que vous décrivez va bien au delà des symptômes du brouillard cérébral! Le brouillard cérébral est beaucoup plus subtil. Votre amie semble vivre quelque chose de différent. Avec toute son équipe médicale, elle est entre bonnes mains. Les médecins vont pouvoir définir ce qui cause tout ces ennuis.
      Je souhaite courage à votre amie.

Laisser un commentaire