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22

février

Cancer du Sein et Facebook?

Dans le cadre de mon travail, j’ai le privilège de recevoir beaucoup de confidences et j’ai la chance de participer à des discussions vraiment significatives et profondes. Dernièrement, je discutais avec une de mes clientes, chez Studio Équilibra.

Bien que chaque femme vit à sa façon le diagnostic de cancer du sein et les traitements, certaines situations reviennent. Une de ces situations est celle-ci : une fois que nous sommes entraînées, bien malgré nous, dans l’aventure cancer du sein, notre entourage est inquiet. C’est bien normal. Les personnes qui nous aiment ou nous apprécient veulent savoir ce qui nous arrive, ce qui va suivre, comment elles peuvent nous aider, etc. Une fois que nous avons raconté le début de l’histoire, les gens veulent savoir la suite : les résultats des examens, ce que le médecin a dit, ce que ça change dans le plan de traitement, comment on vit tout ça…

PLDD Ordi poignée de main

La plupart des femmes apprécient ces attentions. Le contraire, soit peu d’intérêt, ne serait vraiment pas aidant. Par contre, il y a une observation qui revient très souvent lors de mes discussions avec ces femmes. Après un certain temps, il devient difficile de donner des nouvelles à tout le monde. Et cette difficulté s’exprime à plusieurs niveaux :

C’est difficile au niveau du temps

Garder tous nos contacts au courant demande du temps. Il faut se souvenir des informations déjà données à chaque personne, puis raconter la suite. Dans une journée, si on le fait avec une personne, ça va. C’est quand il faut le faire à répétition avec plusieurs personnes que ça devient exigeant.

C’est difficile au niveau de l’énergie

Parler de ce qui nous arrive fait du bien. Je le sais, je suis passée par là. Mais quand on raconte notre histoire pour la Ixième fois, ça n’apporte plus le réconfort initial. Et de plus, ça draine de l’énergie. On entend les inquiétudes des autres et on sent le besoin de les rassurer. Oups… Voilà que subtilement, les rôles s’inversent… Les gens nous parlent et nous téléphonent pour nous aider, mais à un certain moment, c’est souvent la femme touchée par le cancer du sein qui rassure l’autre personne. Résultat : l’autre personne est effectivement rassurée, mais en terminant la conversation, la femme touchée par le cancer du sein se sent parfois vidée d’énergie. Sans compter qu’elle se remet à penser à sa situation et à devoir gérer la peur à nouveau.

C’est difficile au niveau émotif

Imaginez l’impact d’un diagnostic de cancer. L’inconnu face aux traitements. La peur face à ce qui nous attend. Cette peur, viscérale, nous devons la dompter pour vivre au mieux cette aventure. C’est à tous les instants qu’il faut « se parler », se donner confiance, se relaxer. J’aime les images et je me disais parfois que c’est comme un château de cartes. Que l’on bâti avec beaucoup de temps et d’attention, mais que l’on sait fragile. Alors quand une personne, même bien intentionnée, pose une question très indiscrète, ou nous raconte la tournure des événements pour d’autres femmes touchées par le cancer du sein (c’est comme les histoires d’accouchement, ça! À la veille d’accoucher, ça nous fait plus de peur que de bien!), il arrive parfois que notre château de cartes construit au fil du temps s’écroule en quelques secondes. Après une conversation, il faut parfois rebâtir ce château de cartes à partir de zéro… Et parfois aussi, notre confiance est ébranlée. Il devient alors plus difficile de la rebâtir, et pourtant, il le faut, car c’est l’espoir qui nous propulse. Il arrive également un moment où on y croit moins et où la peur reprend le dessus. À ce moment, il devient encore plus difficile de rassurer les autres, surtout s’ils nous connaissent bien. Quand ces situations se répètent, jour après jour, ça peut devenir lourd.

Maintenant, vous devez vous demander le lien avec le titre? Avec Facebook?

Je vous explique…

Lorsque j’ai été touchée par le cancer du sein, j’avais trouvé une solution bonne pour moi. J’envoyais des courriels de groupe. J’avais expliqué à mon entourage ce que je viens d’expliquer ci-haut. Lorsque j’en avais envie, j’écrivais un courriel avec les informations que je voulais bien partager. Tout le monde pouvait ainsi avoir des nouvelles, régulièrement, pendant que moi, je me concentrais sur la meilleure façon de vivre cette expérience difficile (et que je fortifiais mon château de cartes). J’ai aussi utilisé Facebook pour donner des nouvelles, mais puisque je le faisais sur ma page personnelle, je donnais des informations plus générales.

Je reviens à la conversation avec ma cliente. Dans son cas, sa fille lui a ouvert un groupe Facebook privé. Vive l’évolution! Dans ce type de groupe, on accepte et sélectionne à qui on donne l’accès. Pour cette raison, on peut se permettre de donner plus de détails que sur une page Facebook plus générale… Cette dame disait qu’elle allait sur la page quand elle le voulait, écrivait quand l’inspiration se pointait, quand elle avait le temps et que l’énergie était au rendez-vous. Et surtout, elle répondait aux commentaires au moment de son choix.

PLDD Ordi

Ce dernier point peut sembler anodin, mais il est tellement important! Je vous donne un exemple. Parfois, dans les moments plus pénibles, notre peur est plus difficile à dompter. On peut y mettre de l’énergie pendant des jours, à jongler avec les pensées plus inquiétantes. Et parfois, un soir où on écoute de la musique ou un film, ou qu’on arrive à s’évader dans un bon livre, ça fait du bien. La peur se calme enfin. Si à ce moment le téléphone sonne, que l’on doive raconter notre histoire à nouveau et prendre le temps de rassurer les gens, il arrive souvent que lorsqu’on raccroche, le « petit hamster » se remette à tourner dans notre tête. Avec une énergie folle. Juste au moment où on doit penser à aller dormir.

Je tiens à mentionner que le but de ce billet est d’expliquer une réalité rapportée par plusieurs femmes. L’entourage des personnes touchées par le cancer comprenant mieux la situation, tout le monde peut s’ajuster.

Si vous êtes touchés par le cancer du sein (ou un autre cancer), je vous invite à partager comment vous avez vécu cette situation. J’ai hâte de vous lire.

Signature blogue rose 2

 

6 Responses to “Cancer du Sein et Facebook?”

  1. Nathalie B dit :

    J’adore ce billet!! Il représente très bien ce que je vis et ressens actuellement. Merci de partager votre vécu en incluant le témoignage de vos clientes; on se sent moins seule! Effectivement il devient parfois pénible et demandant de répondre aux questions ou messages de notre entourage. L’idée d’un groupe privé sur Facebook est brillante! Merci encore 😉

    • BlogueRose dit :

      Tant mieux Nathalie si ça vous a aidée. C’est exactement le but des billets sur le Blogue Rose. Rien ne me fait plus plaisir que de constater que l’information partagée sur le blogue aide à provoquer un certain déclic et apporte des solutions pratiques pour vous faciliter la vie.
      Merci pour votre commentaire: il fait ma journée!:-)

  2. Pierrette Dumouchel dit :

    Merci de partager ce billet, c’est tout à fait ce que j’ai vécu et que je vis encore. C’est une idée géniale
    J’apprécie beaucoup votre « blogue rose » malgré le travail magnifique que vous donnez à votre boutique à chaque cliente de façon personnalisé vous trouvez le temps de nous enrichir encore d’avantage.
    Vous êtes un ange, merci pour votre beau travail. C’est un cadeau dans ma vie.

  3. Suzanne L. dit :

    Merci Julie, ce billet m’a fait comprendre que mes réactions sont normales. Bien que ma mastectomie remonte à deux ans, j’ai parfois de la difficulté à en parler et même à en discuter avec une connaissance qui a reçu un diagnostique de cancer du sein. Je croyais que j’étais sans cœur, mais je réalise après avoir lu votre billet que oui, je peux avoir de l’empathie pour cette personne sans pour autant pouvoir en discuter dans l’immédiat. Je dois choisir mes moments pour le faire et non ceux des autres.
    Vous êtes une source d’inspiration. Encore Merci.

    • BlogueRose dit :

      Tant mieux si ce billet vous a fait faire cette prise de conscience. Parfois, juste une petite carte pour exprimer votre support à cette personne pourrait être une solution en attendant, tout en lui exprimant que vous avez encore de la difficulté à en parler. C’est très personnel, chacune réagit à sa façon. Il faut surtout se respecter dans tout ça. Tant mieux si l’article vous a un peu aidée.

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